MA PREMIERE VRAIE TRANSJURASSIENNE
12 Février 2012 - Lamoura / Mouthe
14 novembre 2011, devant mon ordinateur.
Dernier jour des inscriptions au 1er tarif de la Transjurassienne 2012.
"inscription". Je clique ?
Non. Je ne m'inscrirai pas. En cette période de difficulté professionnelle, étant donné la baisse de mes revenus prévue en 2012, je ne peux me le permettre. Cela signifie : pas de carte neige, pas de forfait saison et pas de fréquents déplacements sur le massif. Je m’autorise tout de même quelques déplacements dans le Jura pour skier un peu, donner des bouffées d’oxygène à cet hiver difficile qui m’attend.
Novembre, décembre, janvier… Un peu déprimée, sans objectif sportif particulier, je ne fais pas grand-chose de l’automne ni même de l’hiver. Quelques sorties vtt, mes rollers prennent la poussière et je ne sais même pas où j’ai rangé mes ski-roues au printemps dernier. 3 ou 4 sorties neige seulement…
Début février : je prend subitement conscience que je pourrais peut être m’inscrire sur un site de co-voiturage pour me rendre dans le haut Jura plus souvent. Justement sur co-voiturage.fr « Thierry » fait la transju, départ de Dijon. Je décide de profiter du trajet et d’aller encourager les valeureux skieurs, dont Yves et Charlotte inscrits sur les 76 km. Je me dis que je pourrai skier un peu.
Vu les conditions climatiques annoncées, -18° avec de la bise (donc gros vent glacial de face tout du long), je suis bien contente de ne pas être inscrite. Je me demande même comment je réussirai à aller encourager mes amis sans me transformer en glaçon !
Jeudi avant la Transju – 3 jours.
16h00, je reçois un mail de Charlotte. Résumé de nos échanges :
Charlotte - J’ai décidé, non sans mal, de ne pas venir à la transju ce week-end…
Claire - Ah snif snif alors et moi qui me réjouissais de te voir. Je peux récupérer ton dossard et courir à ta place ?
Charlotte - Tu veux faire la course ou tu blagues ? Voir avec Yves si c’est possible, pas de souci pour moi (…) Je t’offre mon dossard.
Le problème est qu’on ne peut plus, selon le règlement, faire des changements de dossard à partir du 3 février. Dommage, mais j’y crois quand même un peu.
Vendredi matin avant la Transju – 2 jours.
« Alo, oui bonjour, j’ai une amie qui ne peut pas courir dimanche et j’aimerais récupérer son dossard, c’est possible ?
Oui, pas de problème, votre nom ? »
Et voilà comment 2 jours avant, sans aucun entraînement mais avec une joie immense, je me retrouve avec le dossard 1857 de la mythique transjurassienne 76 km, annoncée dans des conditions dantesques et avec une neige très lente, très exigeante à skier pour moi car je ne fais du ski de fond que depuis 1 an. Je n’ai à mon actif que 2 courses de ski, la transju 2011 (42 km) et la savoyarde 2011 où j’ai abandonné !
Je prévois d’abandonner, je pense que ce sera infaisable. J’ai regardé sur la carte les endroits où ce sera plus pratique d’abandonner (il faudra que je trouve une navette pour m’amener à Mouthe récupérer mon sac).
C’est parti pour l’aventure !
J’ai l’immense faveur d’être hébergée chez Yves et Gabrielle. J’avoue que ça aide beaucoup d’entrée de jeu ! La veille, on s’échauffe 1h en ski, Yves me donne quelques conseils techniques que j’aurai tout le temps de peaufiner le lendemain.
Gabrielle me recommande de multiplier les couches chaudes afin d’éviter que je me transforme en glace à la viande… Je prévois donc des couches plus épaisses, avec ma polaire en supplément !
Et voilà, ni une ni deux, je me retrouve sur la ligne de départ. Trop bien ! Même pas peur ! Ca caille mais je suis bien habillée, donc c’est très supportable pour moi.
Je suis en 2ème ligne, ça part à fond, je me fais doubler, doubler, doubler. Je ne veux pas suivre l’enthousiasme du départ pour ne pas trop me fatiguer et devoir abandonner à Prémanon, et de toutes façons je ne sais pas skier vite !
La 3ème ligne me rattrape dès la Serra, et je me fais doubler, doubler, doubler… mais bon, je sais que ma véritable place aurait du être la 4ème ligne et non la belle 2ème ligne digne de Charlotte. Parallèlement et je sens ma température corporelle monter, monter, monter… Engoncées dans mes 5 épaisseurs de fringues, je me débats comme je peux contre mes deux tours de cou, avec l’aide de mes imprécises moufles. L’humidité de ma respiration les rend gluants et ça gèle. On fait pas la transju pour être sexy !
J’adopte un petit rythme bien à moi et j’avance gentiment, je me sens bien, très bien même ! Au premier ravitaillement, à Prémanon (10h20), à la stupeur des personnes à côté de moi, je me déshabille pour retirer ma polaire et un de mes tour de cou. Il est tout gelé ratatiné ! Je donne le tout à un bénévole qui ira le rendre à Yves. Son implication dans la vie locale (le mot implication est faible… dévouement ?) fait qu’il est connu de tous, ça aide aussi pour ne pas perdre ses habits !
Me voilà repartie, les choses sérieuses vont commencer ! Je me sens mieux, plus légère ! Gabrielle et l’adorable Florine m’encouragent dans la montée. Hop hop hop c’est reparti. Je suis étonnée de me sentir si bien. J’admire au passage le gîte de l’Ancolie, avec une pointe de regret si les lecteurs me connaissent bien, ils comprendront… (tout) Doucement mais sûrement je continue, j’essaie de m’appliquer, de bien faire glisser mes skis, de me grandir. Comment ça je ne ressemble pas à Sandrine Bailly ?
Je prends un premier « coup de fouet ». Je n’ai pas l’habitude de consommer ces produits là mais étant donné que je termine chaque course en hypo, je me dis que je devrais peut être essayer ! L’ambiance aux rousses c’est de la folie, pourtant, je pointe mes spatules bien longtemps après les premiers ! Au moins je ne subis aucun embouteillage dans la montée de l’opticien, le trafic est fluide. Je me fais encore doubler, encore et encore.
Les choses se compliquent un peu après les Rousses, la bise s’engouffre dans la vallée de Bois d’Amont et ça pique le nez ! J’arrive à me cacher derrière de grands gaillards, mais on est quand même moins abrité qu’en roller. Je me force un peu à rester au contact. J’ai une technique bien particulière : dès que je décroche, j’arrête de pousser avec les bâtons. En 3 poussées de jambes je reviens déjà ! Dès que le profil devient plat ou légèrement descendant, tout le monde reste en deux temps, mais je préfère de loin le 1 temps, le geste est plus reposant, fluide et symétrique. Et je ne comprend pas pourquoi, je suis plus rapide en pas de 1. Je ne vais tout de même pas faire du chasse neige pour rester dans la file ! Alors je double, dans la tempête je double et hop, dès que ça monte, je me cache dans la file indienne. Ruse de sioux…
J’arrive enfin à Bois d’amont à 12h25. J’ai légèrement mal aux lombaires et aux trapèzes. La boucle de 8 km qui passe en suisse a été supprimée à cause du vent. Ouf ! Cette partie « fluide glaciale » n’était pas de la tarte… Mais je n’ai pas froid, contrairement aux autres concurrents, ils ont tous l’air gelés !
Me voici au pied de la terrible montée du Risoux. J’avale un second coup de fouet. Qui veut voyager loin ménage sa monture, moi je ménage mes skis ! C’est à 2 à l’heure que je monte, les parties les plus raides en pas de montée, tant pis pour le style à la Sandrine Bailly. Cela n’empêche pas les nombreux spectateurs de m’encourager ! Et cette montée, je la connais. Un peu de patience, je serai aux Ministres. Il fait un temps magnifique, on attaque la côte avec un léger vent de dos, c’est très agréable. Au virage, la forêt nous abrite complètement de la bise. A la clairière, je scrute le paysage, il parait que les Grands Tétras pullulent dans le coin… J’arrive à rester dans la file de droite, des plus rapides me doublent à gauche. Mais ils sont moins nombreux maintenant.
Un petit replas et hop, la fabuleuse Sansan s’envole en pas de 1 et remonte ceux qui ont osé la doubler dans la côte. Une petite côte et hop, je reprend le rythme escargot, et les doublés me redoublent ! Ainsi va la vie…
Je suis aux ministres à 13h00, pause pipi, carburant, 3 thés comme d’habitude et je repars avec du chocolat dans les joues (phase de décongélation…). Je trimbale inutilement une gourde puisque le goulot est gelé. Je me sens bien ! Incroyable… mais je sais que la suite est difficile, il y a encore des bosses, on m’a averti. « Qui voit les Ministres voit Mouthe à coup sur » enfin… peut être avec le vent dans le dos ! Mais je me sens vraiment en forme et pour l’instant aucune baisse de motivation, le moral est au beau fixe, j’ai bien chaud, j’ai du jus, je piplette aux ravitos, je n’envisage pas encore d’abandonner !
Je double plein de gens dans la descente de Bellefontaine. Ils sont tous en chasse neige sur le verglas, moi je me met dans la farine
qu’ils poussent sur le côté, c’est impeccable. Après Bellefontaine il y a tellement de vent que le panneau 25km (restant à parcourir) est couché par terre. Je fais un rapide calcul : je
devrais être à Mouthe à 16h. Faut pas trop trainer, mon chauffeur pour Dijon est certes très gentil mais je ne vais essayer pas le faire poireauter trop longtemps. Motivation supplémentaire, je
repars pleine de jus dès qu’il y a du plat. Je pense à mon mari, ma fille, mes amis, à tous les athlètes que j’admire, et je vais bien. J’y arriverai. Sauf que ça monte encore. Aller
courage.
A Chapelle, les 1ers du 30 km me doublent comme des avions et s’engouffrent dans la deuxième grande partie de bise sans même prendre le temps d’admirer le paysage. Moi cette transju, je la savoure, je l’avale pas comme ça, à 30 km/h ! Aucun respect…
La technique de Sioux fonctionnant plutôt pas mal, je recommence ici aussi. Ce faux plat montant ne me réussis pas, je suis souvent obligée d’arrêter de pousser avec les bras pour recoller. Et puis il y a les grosses bosses avant d’arriver sur Chaux Neuve, mais la descente en récompense où je slalome avec un style étonnant (genre madame Patate) entre les gens tombés.
Reste 10 km ! J’en reviens pas ! Je ne m’arrête pas au Ravito de Chaux Neuve, mais je me retourne pour admirer les tremplis. Je suis en train de skier sur la piste des champions !!! Go Seb, Go Jez, Go moi ! Je ne m’arrête pas non plus au Ravito de Petite Chaux. Je peux faire pas mal de 1 temps ici, je prends beaucoup de plaisir à cet exercice. Et je double encore ! Comment est ce que cela se fait que j’ai encore du jus comme ça ? En 1 temps j’ai l’impression d’être sur les skis depuis 10 minutes, je ne ressens aucune fatigue. Je franchis la ligne à 16h10. 07h35 de course, même pas mal. L’organisation nous prend en charge, les skis, tout est rôdé c’est top.
Je suis très heureuse d’être arrivé au bout, presque autant que si j’avais gagné ! Vu les conditions et ma condition, je peux être contente. Lorsque je prends le car pour rentrer, le crépuscule allonge les ombres et l’horizon rougeoie sur les montagnes enneigées, le spectacle est grandiose. Quelle journée !
J’admire la bravoure des bénévoles aux petits soins pour nous qui ont du se cailler grave toute la journée, et la veille aussi, et les jours précédents pour tout installer. Je remercie bien évidemment Charlotte et son geste généreux de m’offrir son dossard, mais elle sait qu’elle devra en baver sur son VTT en contre partie… Et puis toute la famille Grandclément qui m’accueille toujours les bras ouverts pourtant je squatte souvent ! Et aussi tous ceux qui m’ont soutenue, ils étaient peu nombreux étant donné que peu savaient que je participais !
Yves lui a abandonné avant Bois d’Amont, il était frigorifié. Il a suivi depuis chez lui ma progression car les temps intermédiaires sont enregistrés et affichés sur le site. Il était visiblement aussi heureux que moi lorsque j’ai franchi la ligne !
Le lendemain tout va bien, juste 2 kg en moins, des petites courbatures un peu partout, moyennes courbatures aux obliques et du mal à sortir de la sièste ! Objectif : 1h de moins l’an prochain ? Ou le marathon d’Engadin ?